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Méthode BANT : quatre champs de l’affaire, testés sur vos affaires gagnées et perdues

Oliver Grand9 min read
Quatre paires de colonnes, une par champ : trois montrent un grand écart entre affaires gagnées et perdues, la quatrième, en orange, presque aucun.
Contents
  1. Qualifié sur l’affaire, pas sur le lead
  2. Les critères BANT en quatre champs à option unique
  3. Trois champs sur les six que vous lisez déjà
  4. Remplir à l’entrée en proposition, et garder la trace
  5. Le test : la part des gagnées, la part des perdues
  6. Lire le résultat, puis regarder les affaires en cours
  7. Là où ça casse

La méthode BANT (Budget, Autorité, Besoin, Temporalité) est une grille classique de qualification commerciale. Dans le CRM, ce sont quatre champs de l’affaire, pas quatre questions à poser en rendez-vous : chacun devient un champ à option unique, avec une valeur « la plus forte », que le commercial remplit avant d’envoyer la proposition. Ensuite, vous testez chaque champ sur vos affaires clôturées : parmi les gagnées, combien portaient la valeur la plus forte, et parmi les perdues, combien. Un champ qui affiche la même part dans les deux groupes ne qualifie rien et peut partir. Celui dont les parts s’écartent nettement mérite d’être rendu obligatoire et lu chaque semaine.

Qualifié sur l’affaire, pas sur le lead

Une affaire est qualifiée quand le commercial peut vérifier, avant la proposition, quelques faits côté acheteur : qui paie, qui décide, quel problème, quelle échéance. C’est tout. Le cadre BANT fournit ces quatre hypothèses. Des hypothèses, pas des vérités : le test, ce sont vos affaires clôturées.

Ce n’est pas ainsi que la qualification des leads est d’habitude présentée. Les pages que nous avons ouvertes sur le sujet donnent une définition et une liste de questions (Salesforce France en aligne seize, et reconnaît que la méthode est « axée sur la transaction » et devient un frein si on la récite comme un script : Salesforce France, Méthode BANT). Aucune ne dit où la réponse s’écrit dans le CRM, ni ne vérifie si le critère sépare les affaires gagnées des affaires perdues. La plus proche, Nimaro, conseille de documenter chaque rendez-vous, mais pour des rendez-vous vendus à des clients, pas pour un champ de l’affaire (Nimaro, lead B2B qualifié).

Et qualifier ne veut pas dire noter. Pas de points, pas de somme de champs, pas de statut « qualifié » déclenché à trois critères sur quatre (c’est la règle qu’affiche une page brésilienne sur le même sujet, ExactSales ; nous ne l’adoptons pas). Un lead qui coche trois cases n’est pas un lead qui achète. C’est un lead sur lequel il reste une question à poser.

Les critères BANT en quatre champs à option unique

Chaque critère devient un champ personnalisé de type « Option unique » sur l’affaire, avec trois valeurs. Les valeurs disent qui a affirmé la chose, pas à quel point le lead est bon. Autorité s’appelle Décideur dans la fiche, parce que c’est ce que le commercial vérifie vraiment. Dans l’exemple de cet article, la valeur la plus forte vient en premier :

  • Budget : montant annoncé par l’acheteur / fourchette seulement / inconnu
  • Décideur : rencontré / nommé, pas rencontré / inconnu
  • Temporalité : date donnée par l’acheteur / notre estimation / aucune

Le quatrième candidat, Besoin, suit la même logique : problème formulé par écrit par l’acheteur, lecture du commercial, ou inconnu. Gardez-le en tête, c’est lui qui tombera au test.

Pourquoi l’option unique et pas un champ texte ? Parce qu’une option se compte, se filtre, s’affiche en colonne dans la liste des affaires et entre dans un rapport Insights ; un texte libre ne se compte pas (Pipedrive, types de champs personnalisés). Et parce qu’un commercial choisit une valeur dans une liste d’un geste, alors qu’il remet à plus tard une phrase à rédiger. Pour les objections, nous avons proposé un seul champ (les objections clients dans un champ de l’affaire) ; ici, il en faut plusieurs, un par critère.

Dans Pipedrive, les champs se créent depuis le menu du compte, dans Préférences personnelles > Champs de données, sur l’entité affaire. Le nom et le type sont obligatoires, et le type ne se change plus après création (Pipedrive, champs personnalisés) : créez donc le champ en option unique dès le départ. Un détail qui compte avant tout ménage : supprimer un champ supprime aussi ses données, et un administrateur peut consulter les statistiques du champ (où il est rempli, où il sert dans des filtres) avant de trancher.

Trois champs sur les six que vous lisez déjà

Un manager lit cinq ou six champs par affaire, pas davantage ; nous avons dit lesquels dans les champs que vos commerciaux ne remplissent pas. Dans l’exemple, la fiche affaire après revue tient en six champs lus : étape, propriétaire, valeur, plus trois champs de qualification. La date de clôture escomptée reste un champ par défaut de Pipedrive, et la prochaine activité vient des activités, pas d’un champ. C’est notre recommandation, pas une norme. Si votre formulaire en compte plus, retirez d’abord ce qui n’est jamais lu, puis ajoutez les champs de qualification.

Pourquoi trois et pas quatre ? On y arrive.

Remplir à l’entrée en proposition, et garder la trace

Le commercial renseigne les valeurs au moment où l’affaire entre à l’étape Proposition. Pas à la clôture. Une valeur saisie après la victoire ou la perte est une relecture après coup : on sait que l’affaire est perdue, on coche « inconnu » pour le décideur, et le champ raconte le résultat au lieu de l’état de l’affaire.

La vérification « ce champ a-t-il été rempli avant l’issue ? » se fait à la main. Dans la vue détaillée de l’affaire, l’onglet Journal des modifications, dans la zone Historique, liste les modifications par date, y compris celles des champs personnalisés (Pipedrive, vue détaillée de l’affaire). Si la valeur que le commercial a choisi date d’après la clôture, l’affaire sort de l’échantillon.

Les champs obligatoires aident, avec une limite. Dans Paramètres > Champs de données, un administrateur peut rendre un champ d’affaire obligatoire pour certains pipelines et certaines étapes ; celui qui déplace l’affaire vers cette étape sans l’avoir rempli est invité à le faire. Mais l’aide de Pipedrive le dit elle-même : la fonction n’arrête pas une affaire mise à jour par import, modification groupée, API, automatisation ou intégration tierce (Pipedrive, champs obligatoires). La disponibilité dépend de votre forfait, et celle des champs importants, qui signalent un manque sans bloquer, aussi. Le vrai garde-fou reste donc un coup d’œil hebdomadaire sur la liste. Obligatoire à l’étape où le champ compte, pas à la création : c’est la logique des critères de sortie d’étape.

Le test : la part des gagnées, la part des perdues

Prenez les affaires clôturées des 12 derniers mois qui ont atteint l’étape Proposition. Pour chaque champ, comptez la part des affaires gagnées qui portaient la valeur la plus forte, puis la part des affaires perdues. Lisez l’écart en points. Notre règle maison : sous 10 points, le champ ne distingue pas les deux groupes dans cet échantillon. C’est la même idée que pour reconstruire son processus de vente à partir des affaires gagnées : vos affaires clôturées en savent plus que le manuel.

L’exemple qui suit est construit par nous pour illustrer la lecture ; ce n’est pas une référence de marché. Une équipe de six commerciaux sur Pipedrive, 60 affaires clôturées sur la fenêtre (24 gagnées, 36 perdues), quatre champs testés. Part des affaires avec la valeur la plus forte :

  • Budget : 20 gagnées sur 24, soit 83 %, contre 18 perdues sur 36, soit 50 %. Écart de 33 points.
  • Décideur : 19 sur 24 (79 %) contre 12 sur 36 (33 %), 46 points.
  • Besoin : 22 sur 24 (92 %) contre 31 sur 36 (86 %), 6 points.
  • Temporalité : 21 sur 24 (88 %) contre 15 sur 36 (42 %), 46 points.

Quatre champs, un écart chacun : trois dépassent le repère des 10 points, le champ Besoin, en orange, reste en deçà.

Le champ qui semblait le plus évident est celui qui tombe. Presque tous les commerciaux savent écrire un besoin, sur une affaire gagnée comme sur une affaire perdue : 92 % contre 86 %, 6 points d’écart. Le champ ne dit rien. Décideur et Temporalité, eux, portent l’essentiel avec 46 points chacun ; Budget suit à 33.

Pour obtenir ces comptes dans Pipedrive, deux chemins. Le rapport de conversion gain/perte d’Insights compare les affaires gagnées et perdues : vous l’affichez par votre champ personnalisé et le mesurez en nombre d’affaires, après avoir remplacé le filtre par défaut (affaires créées cette année) par votre fenêtre (Pipedrive, rapports sur la conversion des affaires). D’après la page d’aide, les champs personnalisés dans ces rapports sont réservés aux forfaits Premium et supérieurs : vérifiez le vôtre. L’autre chemin marche partout, y compris hors de Pipedrive. Filtrez la liste des affaires sur les gagnées de la fenêtre, comptez par valeur du champ, puis recommencez avec les perdues.

Lire le résultat, puis regarder les affaires en cours

Ce que fait l’équipe de l’exemple : elle garde Budget, Décideur et Temporalité, trois champs pour trois des six cases lues. Besoin est réécrit en « problème chiffré par l’acheteur », une formulation à laquelle on ne répond plus par une phrase vague, et sera testé de nouveau au trimestre suivant. D’ici là, le besoin se note dans l’affaire, pas dans un champ. Les trois champs deviennent obligatoires à partir de l’étape Proposition, pas à la création.

Réécrire plutôt que supprimer, c’est le réflexe à garder. Un champ qui ne sépare pas les groupes est souvent un champ dont la question est trop facile, pas un critère faux.

Ensuite les champs servent sur les affaires ouvertes. Aujourd’hui, dans l’exemple, 15 affaires sont à l’étape Proposition, pour 210 000 €. Sur neuf d’entre elles, Décideur n’est pas à « rencontré » : 126 000 €, soit 60 % de la valeur en jeu. Les six autres pèsent 84 000 €. Ces neuf affaires sont la conversation de la semaine : qui décide, et quand le rencontre-t-on ?

Quinze affaires ouvertes à l'étape Proposition : neuf en orange, dont le décideur n'a pas été rencontré, et six en contour.

Prenons une affaire de cette liste : « Rayonnage d’entrepôt, 2 sites », 18 000 €, proposition envoyée. Budget : fourchette seulement. Décideur : nommé, pas rencontré. Temporalité : aucune. Rien n’est noté ni pondéré. Les trois valeurs faibles sont trois questions pour le commercial cette semaine, et c’est tout ce que la fiche a à dire. Pas de prévision, pas de probabilité.

Une précision, puisque nous en sommes à la liste du lundi. Chez SalesBond, le produit Deal Health vérifie chaque affaire du CRM connecté selon plus de 20 règles, montre celles qui ne sont pas respectées et ce qu’il faut faire. La liste des affaires en proposition sans décideur rencontré, elle, se construit avec un filtre et vos propres champs ; ce qui la fait vivre, c’est la réunion, pas l’outil. Vérifiez votre CRM avec SalesBond.

Là où ça casse

Les petits échantillons d’abord. Avec 24 affaires gagnées, une seule affaire déplace la part de 4 points ; un écart de quelques points, sur ce volume, ne vaut pas une décision. Viennent ensuite les valeurs saisies après coup : vérifiez la date dans le journal des modifications avant de compter, sinon vous mesurez la mémoire des commerciaux. Un champ rempli de la même façon sur toutes les affaires (Besoin, dans l’exemple) ne mesure rien, quelle que soit la qualité du critère dans les manuels. Les affaires perdues avant l’étape Proposition ne sont pas dans l’échantillon : la méthode parle des affaires qui ont reçu une proposition, pas de celles qui n’y sont jamais arrivées. Et un écart est une régularité dans vos données, pas une preuve de cause. Rencontrer le décideur ne fait pas gagner l’affaire ; cela signale les affaires qui ressemblent à celles que vous gagnez.

Il y aura des acheteurs qui sautent un critère et achètent quand même. Ne supprimez pas un champ pour une affaire. Recalculez une fois par trimestre, sur la la fenêtre glissante des 12 derniers mois, et ne lisez jamais ces parts comme un score : elles ne prédisent pas une affaire en particulier. Le motif de perte, lui, se renseigne après la perte ; ici, on regarde l’état de l’affaire avant (les motifs de perte qui servent).

Lundi, ouvrez la liste des affaires en proposition, triez par Décideur, et posez à chaque commercial une seule question sur chaque affaire marquée « nommé, pas rencontré » : quand le rencontrez-vous ? C’est à cela que servent des champs testés. Le reste de BANT, les seize questions et les scripts, vos commerciaux le connaissent déjà.